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samedi 14 février 2004 |
169. Chronique du temps qui passe (13) : A cause des poux... |
 Chui dans mon bain, comme tous les soirs. Papa est derrière son ordinateur, comme tous les soirs aussi. Schéma traditionnel. De temps à autre, j'l'appelle à travers le mur. "Papa, je veux de l'eau froide !". C'est pas que mon médicament pour me faire retenir l'eau n'a pas marché (vous savez, mon "diabète insipide" qui fait qu'on doit me souffler un liquide dans le nez toutes les douze heures, dont une fois le soir). Non, c'est un prétexte pour avoir papa près de moi et puis jouer au petit poisson en parlant avec ma bouche contre l'eau dans le verre. "Papaaaa !" Une fois, deux fois, trois fois (pask'à chaque fois, je vide l'eau dans le bain et j'en réclame de nouveau : c'est une technique infaillible). A la quatrième fois, papa me dis que c'est la dernière et retourne dans son bureau. Diversion : "Papa ?" -un temps- "Bon-pa, Bon-pa-py !!!" (à la façon de Jacques Dutronc dans "Et moi, et moi, et moi" quand il dit : "j'y pense et puis j'oublie" à la fin de la chanson - c'est un jeu que je fais souvent avec papa, tel un cri de guerre qu'on s'échange). "A papa !" Papa derrière son ordinateur : "Boum-pa, boum-paf, pif !" (sa réponse habituelle).
Entre-temps, maman vient me mettre le shampoing préventif anti-poux, paske ces sales bestioles traînent un peu partout à l'école d'Eva et que maman a retrouvé une lente il y a une mois dans mes cheveux. Ils me prennent pour un Papou, ces idiots ! Soit.
J'en oublie papa qui en profite pour travailler. Maman de son côté, descend à la cuisine. Moi, j'm'occupe tout seul avec "Monsieur", Monsieur René, le Petit Chien Courage et toute la clique pendant que le shampoing agit dans ma chevelure.
Soudain, j'appelle maman de manière énervée. Papa me demande ce qu'il y a. J'm'énerve encore un peu plus en appelant maman comme si c'était elle que je voulais. A travers le mur, papa m'explique que maman est à la cuisine et qu'il peut venir si j'ai besoin de quelque chose. J'entre en colère. "Mamaaannn !" Papa: "Tu te calmes Loulou ! Maman est occupée. Qu'est ce qu'il y a ?" Entre-temps, maman qui a entendu ma colère me rejoint. En fait, j'ai mis du savon de ce foutu shampoing dans les yeux avec mes mains, et ça me pique à mort, mais au lieu de l'expliquer, je commence à me débattre dans le bain. Maman fait ce qu'elle peut : pas question avec moi d'utiliser le pommeau de douche, ça m'fait peur. Bref, ça tourne au vinaigre paske j'arrête pas de me frotter les yeux. Je suis comme un poisson qui se débat dans un filet de pêche. Papa accourre et aide maman. Tous deux essayent de me calmer, mais rien n'y fait. La salle de bain se transforme en piscine et je me débats comme un beau diable avec toute ma panoplie : hurlement, pincements, morsures etc... Papa ne trouve plus d'autre solution pour me calmer que d'utiliser sa grosse voix très très forte qui me tétanise aussitôt : "Maintenant ça suffit, tu arrêtes, Loulou !" Le temps est suspendu. Papa : "Désolé de devoir crier comme ça mon bonhomme, mais c'est le seul moyen d'arrêter cette spirale infernale". Je l'écoute pendant que maman reprend le rinçage de mes cheveux et que lui me câline et me met un gant de toilette avec de l'eau froide sur les yeux. Des petits spasmes m'envahissent : j'ai envie de pleurer. J'aime pas la grosse voix de papa. Papa : "J'aime pas crier comme ça mon Loulou... mais j'avais pas d'autres solutions." Il m'explique ensuite avec douceur ce qui s'est passé : le savon que j'ai mis dans mes yeux, le fait que eux n'y sont pour rien, que ça va passer, que je dois être courageux... Je me calme progressivement. J'ai bien envie de pincer encore papa, mais il me demande gentiment d'arrêter. J'obéis. Comme à chaque fois (heureusement rare) où papa doit utiliser "l'autorité sonore", il prend le temps de me parler tout doucement, tout gentiment. Ça me fait un bien fou. J'lui demande de me parler tout bas dans l'oreille. On cause ainsi un moment tous les deux à voix basse, presque joue contre joue, pendant que maman s'occupe de mes cheveux. Moi : "A papa de parler tout bas dans l'oreille de Loulou" Papa (en chuchotant) : "Je t'aime mon petit Lou, mais tu vois, il arrive parfois qu'il y ait des choses qui font mal ou qui t'agressent, mais il faut te montrer courageux à ce moment là et ne pas te venger sur les autres." Moi (en chuchotant itou) : "Oui, paske le Petit Chien Courage, il doit pas avoir peur et il doit obéir". Papa : "...Mais il doit surtout expliquer son problème... Si tu m'avais tout de suite appelé, au lieu de maman qui était en bas, j'aurais pu t'aider. Tu pouvais me dire : Papa, j'ai les yeux qui piquent." Moi (imitant l'appel, mais tout bas) : "Paaapa... j'ai un petit problème..."
Ainsi se finit la crise. Ceci dit, raz le bol de ces yeux qui m'ennuient tout le temps. Déjà qu'il ne me servent à rien !
La fin de journée se passe à merveille. Papa abandonne son travail pour être avec moi. On prend l'apéro dans le salon et là...
Mais ça, c'est une autre histoire ! A plus.
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Par Bèrlebus :: samedi 14 février 2004 à 12:15 :: Au jour, le jour
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